Nouvelle 2

Publié le par Hervé Descamps

Quand j'étais petit ... je n'étais pas grand !!

 

Fulbert était enfin sorti de la capitale, il allait désormais pouvoir respirer un peu mieux. Le voilà désormais sur la  Nationale 20 à la hauteur d'Etampes, il file vers Orléans.


Après avoir bien étudié son parcours sur une vieille Michelin il avait décidé de quitter la route principale à la hauteur de La Motte Beuvron. Il avait repéré les stations 24 / 24 sur une revue automobile et, après un petit calcul dont il n'était pas peu fier, avait tracé son plan de marche.


Le petit twin tapotait gentiment. Tout en cruisant à 80 à l'heure, Fulbert se prenait à rêver. Demain matin il serait avec Justine, il allait enfin la retrouver après une année de correspondance. Il lui était toujours fidèle, même depuis qu'elle était partie s'installer dans ce Sud Ouest qu'il ne connaissait pas. Il lui avait caché son intention de venir la voir, elle en aurait fait toute une histoire. Quelle surprise elle allait avoir.
Lancelot sur son fier destrier, à la rencontre de la belle Guenièvre ....


Il faisait hyper doux, cette nuit de Juin, un temps idéal pour rouler. La météo annonçait un grand beau temps pour les deux jours à venir ... Heureusement, il n'aurait plus manqué qu'il pleuve!
Le faisceau du phare de la bécane trouait la nuit, ce n'était pas terrible comme éclairage mais à l'allure où Fulbert roulait cela suffisait largement. La visière de l'intégral, légèrement entrouverte, laissait passer un léger courant d'air qui rayonnait autour de sa tête.


Justine, Justine, elle obsédait ses pensées depuis un an. Il ne s'était jamais fait à l'idée de son départ, il n'avait jamais voulu l'oublier. Justine  faisait partie de lui même. C'était bizarre le sentiment qui les unissait. Ils ne pouvaient pas rester ensemble plus de deux ou trois heures sans se disputer comme des chiffonniers, mais ils ne supportaient pas d'être séparés .... Un véritable calvaire que cette année sans se voir ...
-" A tous les coups elle va me pourrir dès mon arrivée ! ..... Mince, j'arrive à la limite, il me faut de la benzine."


Seule la lumière bleuâtre de la pompe de nuit éclairait la piste.
L'appareil avala la carte et demanda le code. Angoisse ou précipitation, Fulbert se trompa une première fois, recommença et se trompa de nouveau ... il lui restait un essai.
Il respira à fond, se concentra et sagement composa les quatre chiffres qu'il était certain de connaître par coeur.
La pompe se déclencha.


Le plein fait Fulbert repris sa route. La prochaine station était dans deux cents kilomètres, à cette allure il y serait sur le coup de trois heures du matin.
-" Pourvu qu'elle soit en service, c'est la seule dans un rayon de cent bornes ! "
A intervalles réguliers des poids lourds dépassaient la machine, à chaque fois Fulbert redoutait l'écart que lui faisait faire le déplacement d'air.
Ca, plus l'inquiétude de la route de nuit, plus le fait que son phare soit aussi peu puissant, plus le froid qui commençait à se faire sentir, plus la fatigue insidieuse qui elle aussi avait fait son apparition depuis quelques kilomètres, voilà un sacré paquet de choses qui commençaient à lui poser problèmes.


De temps en temps il sentait ses yeux se fermer. Il avait grand ouvert la visière de l'intégral mais le vent lui repoussait la tête en arrière et cela devenait très pénible. Il avait mal au cou, mal aux bras, mal au dos. Des crampes commençaient à envahir ses jambes.
Il fallait absolument qu'il s'arrête !
Un petit terre plein sur la droite.
-" Personne .... je stoppe ! "
La latérale s'est bien dépliée mais elle s'enfonce dans le sol meuble. Fulbert bande les muscles, sa jambe gauche est tétanisée, le poids entier de la moto repose sur elle.
-"Imbécile que je suis, et si je m'étais fichu par terre, j'aurais eu l'air fin."


Fulbert a reprit sa route. L'afflux d'adrénaline a eu sur lui l'effet d'un doping.
-" L'essence, mince ... l'essence ... et si cette station était fermée ? "
Au bout de la ligne droite les lumières du poste.
-" Ce n'est pas une automate ... manque plus que ça !!"
La fatigue a disparue dans l'instant, une certaine angoisse l'a supplée. Fulbert a comme un goût de cendre dans la bouche.
Piste éclairée, personne ....
....24/24 ...


Le plein est fait, Fulbert se dit qu'il pourrait marcher un peu, la fraîcheur de la nuit le réveillerait encore plus. Des phares arrivent ... clignotant ...
-" Le motard solitaire n'est en sécurité que sur son engin .... Surtout dans ce désert et aux alentours de quatre heures du mat..."


Vierzon, Issoudun, La Châtre ...
-" Ce coup ci je n'en peux plus. Si je continue je vais finir par me mettre au tas."
La fatigue est désormais bien trop importante, même l' angoisse ne vient plus la troubler. Fulbert est obligé de s'arrêter.
Sur le coté de la route un petit bâtiment a l'air désert, une sorte de garage abandonné. Devant, il y a une large place cimentée. Fulbert s'arrête, cale la bécane sur sa latérale et va jeter un oeil.
Il s'agit d'une ancienne grange qui doit servir d'abri-bus aux enfants des écoles. La porte peut s'ouvrir largement, Fulbert rentre la moto non sans avoir préparé un emplacement avec deux planches pour assurer la béquille.
Il a déplié son duvet, s'est installé à coté de la moto et dans l'instant a plongé dans un sommeil sans rêves.


La sympathique bouille du motard de la gendarmerie fut la première chose que découvrit Fulbert à son réveil.
La haute silhouette du policier se découpait dans la luminosité de la porte restée grande ouverte !!!

-" Eh bien mon garçon, où est ton papa ?"

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